Quelles sont les techniques de déstabilisation qu’utilise un avocat ?

    La pratique est courante. Les techniques usitées. Mais quelles sont-elles ? Existent-elles vraiment ? Nombreux sont les clients sceptiques. Nombreux sont les clients pensant que devant le juge, ils ne seront absolument pas impressionnés. Et pourtant, j’en ai vu des clients persuadés de résister à la pression d’un procès, et finalement cassés à la fin. Car tant que l’on n’est pas devant le tribunal, on ne réalise pas l’intensité émotionnelle qu’induit un procès. Tandis que devant le tribunal, la symbolique sociale et sacrée que représente le tribunal s’exerce soudainement pleinement, on comprend ce que l’on risque, et bien souvent on prend conscience de ce que l’on peut perdre. Ainsi sans même parler du rôle de l’avocat adverse et du procureur, vous serez à un moment ou un autre déstabilisé. Et peut-être même dès le début de l’audience. Particulièrement devant le tribunal correctionnel, ou pire, la cour d’assises. Les procès s’y déroulent comme au théâtre. Il y a l’estrade où sont juchés les magistrats qui doivent vous juger, avec la plupart du temps, au même niveau, le procureur ou l’avocat général. Quand ces magistrats rentrent dans la salle, ils entrent ‘en scène’ à proprement parler, vous entendez une sonnette retentir, et voyez la salle se lever. L’huissier crie : ‘le Tribunal’, ou ‘la Cour’. Et la salle est debout.

    Mais les véritables manœuvres de déstabilisation commencent réellement lorsque les différentes parties (partie civile, procureur, défense) interviennent pour vous poser des questions, selon des techniques soigneusement travaillées et orchestrées. Quelles sont donc ces techniques ? Vous déstabiliseront-elles ?

    La première technique consiste à vous faire bafouiller, jetant par là même le doute sur votre crédibilité. En vous posant par exemple une question qui touche votre pudeur, ou des faits que vous ne voulez pas voir apparaître, même s’ils n’ont aucun rapport avec le dossier. Dans ces cas, respirez, et surtout prenez le temps de répondre. Un tribunal est avant tout un lieu d’écoute. Ne vous précipitez donc pas pour répondre. Pensez aux mots que vous utilisez. Il est préférable de prendre une minute pour réfléchir à la façon de répondre au mieux à une question ambiguë, voire la faire répéter si on n'est pas sûr de l'avoir bien comprise, que de se précipiter.

    Une deuxième technique est de vous faire sortir de vos gonds. Technique aussi très utilisée. Pour ce faire, l’avocat accélèrera par exemple son rythme de paroles, il multipliera les questions. Il tournera autour de vous à vous en donner mal à la tête. S’ils sont plusieurs, vous aurez l’impression d’être sur un manège. Il pourra même hausser le ton. Si l’insulte est évidemment totalement interdite (l’avocat qui s’y livrerait risquerait des poursuites), la liberté de parole de l’avocat à la barre est presque sans limite, elle est ‘libre’. C’est d’ailleurs le seul espace de liberté de l’avocat, qui ne peut, sauf cas précis, être poursuivi pour diffamation ou calomnie. Il peut se moquer de vous, de vos réponses, et ces railleries à la longue peuvent vous énerver. Dès qu’il sera parvenu à ses fins, il dira : ‘vous voyez, monsieur le Président, on ne peut pas faire confiance à quelqu’un qui s’énerve pour si peu; vous voyez bien qu’il est violent !’

    Troisième technique, instaurer une fausse complicité, et obtenir vos aveux sur le ton de la confidence: ‘allez monsieur, je sais bien que vous ne vouliez pas, je sais aussi que vous regrettez, mais vous étiez sur les lieux, reconnaissez que vous avez fait ce que l’on vous reproche; la Cour en tiendra compte’. Si à ce moment-là transparaît la moindre hésitation, le moindre doute, l’avocat adverse aura marqué un point; si vous ne vous reprenez pas dans les 10 secondes, votre avocat interviendra, mais c’est plus qu’un point que vous aurez perdu.

    Ainsi pour ne pas vous laisser piéger par ces techniques de déstabilisation, prenez le temps de préparer votre défense avec votre avocat.

Maître Leduc-Novi


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